Nul besoin d’avoir une place de longue date dans l’histoire automobile pour ne pas être considérée comme une voiture parfaitement intemporelle et donc dans l’esprit de Timeless Addict. Celle qui nous intéresse aujourd’hui en est l’un des meilleurs exemples puisque la McLaren 675LT Spider a seulement 10 ans ; toutefois, elle a déjà marqué son époque et continue à le faire.
Il me tardait d’en prendre le volant car elle restait l’un des rares modèles de la marque que je n’avais pas eu l’occasion de conduire lors de son arrivée sur le marché.

Je l’avoue volontiers, j’ai un faible pour les McLaren depuis que j’ai pu prendre le volant de plusieurs autos conçues depuis le renouveau du département McLaren Automotive en 2010.
Au fil des années, j’ai eu l’opportunité de découvrir bon nombre des créations de la firme de Woking mais uniquement des gammes Sports Series (570S, 570S Spider, etc.) et Super Series (12C Spider, 650S, 720S, 750S, etc.). Pourtant, exception faite de la légendaire McLaren F1 et des modèles du catalogue Ultimate Series, notamment la P1, il subsistait une voiture qui occupait une place particulière dans mon imaginaire, la 675LT.
Je la considère depuis longtemps comme l’une des plus désirables de l’ère moderne et plus particulièrement la version Spider que j’ai la chance d’essayer pour cet article. Une automobile dont la réputation n’a cessé de grandir au fil des années, au point d’être considérée par certains comme l’une des McLaren les plus abouties jamais produites. Après avoir enfin pu prendre son volant, je comprends désormais parfaitement pourquoi.
Pour comprendre la 675LT, il faut remonter à 1997. Cette année-là, le constructeur britannique engage une évolution radicale de sa mythique F1 GTR dans le championnat FIA GT. Baptisée « Long Tail », cette version reçoit un travail aérodynamique approfondi ainsi qu’un important programme d’allègement destiné à améliorer encore ses performances en piste.
Le patronyme « Long Tail » – ou « LT » pour les intimes – entre alors dans la légende. Cependant, il faut attendre presque vingt ans, 2015, pour que McLaren réutilise cette appellation en concevant la 675LT. Pour ce faire, les ingénieurs de Woking appliquent une recette assez simple : prendre une excellente supercar, la 650S, l’alléger, augmenter sa puissance, améliorer son aérodynamique et supprimer tout ce qui n’est pas indispensable au plaisir de conduire.

Entre 2015 et 2017, la McLaren 675LT n’a été produite qu’à 1’000 exemplaires, dont la moitié sont des Spider. Un nombre réduit qui contribue à son statut de future légende. Si on considère que la McLaren F1 est devenue inaccessible et que l’hybridation de la P1 complexifie potentiellement son entretien à long terme, la 675LT apparaît de plus en plus comme la McLaren « collector » par excellence.
Elle incarne une sorte d’équilibre parfait entre performances, technologie, rareté et pureté mécanique ; cela la rend totalement irrésistible à mes yeux et, n’ayons pas peur de le dire, bien au-delà de la seule marque McLaren.
Au premier coup d’œil, il n’est pas évident d’identifier le potentiel de la 675LT tant les différences avec une 650S sont peu flagrantes, même pour un œil averti.
Une lame avant plus imposante, des bas de caisse latéraux sculptés et un immense diffuseur arrière font partie des spécificités de ce modèle mais c’est surtout la double sortie d’échappement que l’on remarque !
L’ensemble respire la performance, c’est aguicheur à souhait ; difficile de ne pas succomber. Même dix après sa présentation, la 675LT demeure spectaculaire.


A bord, l’ambiance est fidèle à la philosophie « LT ». Chaque élément semble avoir été pensé dans un objectif précis, le plaisir de conduite et une efficacité sans égale.
Les sièges baquets, un peu étroit pour mon gabarit, s’inspirent de ceux qui équipent la P1 ; ils ont toutefois abandonné toute électrification et disposent de réglages manuels afin de gagner du poids. Malgré leur taille serrée, je constate vite à quel point ils sont pertinents lorsqu’on avale les courbes. C’est un régal tant ils maintiennent en place lorsque les forces latérales s’invitent à ma balade.
Comme sur les autres Spider de la marque, on retrouve la petite vitre arrière ouvrante qui constitue à mes yeux l’une des meilleures idées jamais vues sur un cabriolet moderne. Ainsi, lorsque la météo n’est pas de la partie, même avec le toit fermé, il suffit d’appuyer sur un bouton pour profiter pleinement des vocalises du V8 installé en position centrale arrière. Si vous n’en avez jamais fait l’expérience, cela peut vous paraître futile mais je vous assure que ce n’est pas le cas ; il s’agit d’une source de plaisir permanent.

Par rapport à la 650S, la McLaren 675LT a plus de 50 % de composants spécifiques. Son V8 biturbo de 3.8 litres grimpe à 675 ch et 700 Nm de couple. Cette mécanique endiablée est toujours couplée à l’excellente boite SSG 7 rapports à double embrayage.
L’utilisation massive de fibre de carbone permet de réduire significativement le poids et d’atteindre 1’270 kg, soit environ 100 kg de moins que la 650S. Notons que le Spider est annoncé à 1’280 kg, pas grand-chose de plus que le Coupé alors que le plaisir de rouler décapoté multiplie exponentiellement les sensations à son volant. Et tout cela sans péjorer la rigidité de l’auto ni son comportement grâce à la structure MonoCell en fibre de carbone qui confère aux McLaren un touché de route exceptionnel.
Selon les fiches techniques respectives, les performances sont identiques, avec le 0 à 100 km/h abattu en 2.9 secondes, le 0-200 km/h en 7.9 secondes et une vitesse maximale qui culmine à 330 km/h. Enfin, vous connaissez mon peu d’intérêt pour les chiffres ; c’est le ressenti qui compte et croyez-moi, je ne suis pas déçu.
L’exemplaire de notre essai date de 2016 et affiche moins de 10’000 km au compteur, dont presque la moitié réalisés par son propriétaire actuel qui en a fait l’acquisition il y a tout juste une année. Preuve qu’utiliser cette auto n’est que pur bonheur, que ça soit sur la route ou sur circuit.
La carrosserie arbore une robe « Chicane Grey » qui, je dois l’avouer, n’est pas ce que j’aurais choisie tant j’aime les couleurs éclatantes pour les voitures de ce rang. Pourtant, combinée aux magnifiques jantes qui abritent des étriers de frein orange, couleur qu’on retrouve dans l’habitacle pour relever le noir carbone omniprésent, je dois admettre que le rendu lui sied à merveille.
Je note également les entrées d’air latérales peintes couleur carrosserie ; elles sont souvent en carbone vernis sur les 675LT. Cela apporte une touche d’élégance à cette auto qui est presque discrète… Tant qu’elle est à l’arrêt bien entendu !

Vient finalement le moment de prendre la route. Et là, tout devient difficile à décrire car la 675LT est tout simplement hallucinante. J’ai roulé de nombreuses voitures sportives – dont certaines sont plus performantes sur le papier – mais rares sont celles qui m’ont procuré un tel déluge émotionnel.
Tout d’abord, la poussée du V8 est phénoménale. Chaque accélération vous comprime dans le siège avec une violence difficilement imaginable pour qui ne l’a jamais expérimentée. A cela, rajoutez une boite SSG ultra rapide qui, si vous êtes au bon régime moteur, accompagne chaque changement de rapport d’une détonation sèche qui résonne dans l’habitacle, à l’instar d’un coup de fusil. C’est terriblement addictif et j’aurai aimé voir la tête de certains usagers de la route que j’ai dépassé.
Reste que même si tout cela peut sembler déjà suffisant, l’expérience ne s’arrête pas là. L’excellence d’une McLaren – et ceux d’entre vous qui ont déjà pris le volant d’une auto de Woking peuvent le confirmer – c’est son châssis, sa direction, le toucher de route de son train avant… tout ce qui transforme l’instant en véritable délice. J’ai eu l’occasion de vérifier cette capacité presque irréelle à enchaîner les virages sur tous les modèles du constructeur britannique ; mais dans la 675LT, le curseur de l’efficacité monte encore d’un cran. Chaque courbe est avalée avec une facilité déconcertante, la précision est chirurgicale et même en augmentant le rythme, rien ne vient entacher le comportement routier.
Les freins carbone sont également à la hauteur ; puissants et endurants, ils sont parfaitement au rendez-vous lorsqu’il s’agit d’arrêter la 675LT Spider. Avec en bonus, l’aileron arrière actif qui se positionne à la verticale lors des freinages appuyés, tel un aérofrein. C’est sublime.
N’ayons pas peur de le dire, la McLaren 675LT Spider est probablement l’une des meilleures voitures de route que j’ai eu l’occasion de conduire. Elle forme un tout d’une cohérence remarquable, c’est phénoménal ! Cela peut vous surprendre mais il m’a fallu un petit moment pour me remettre de ma première balade à son bord.
Bien évidemment, cette radicalité entraîne quelques concessions, telles des suspensions assez fermes et un rayon de braquage ridicule. Mais est-ce vraiment impactant en regard des sensations procurées par cette auto ? Non, clairement pas ! Il est évident que la 675LT est destinée à des amateurs avertis et c’est tant mieux.


Autre détail qui me frappe, c’est l’authenticité qui transpire de la McLaren 675LT Spider ; cela provient entre autres de son âge, même s’il n’y a que 10ans qui ont passé depuis son développement.
Face à des modèles plus récents, plus puissants et technologiquement plus avancés, elle conserve une forme de pureté devenue rare. Sans basculer dans l’ambiance d’une véritable voiture classique, elle reste suffisamment moderne pour se montrer civilisée lorsque l’on décide de rouler tranquillement. Mais soyons clair, c’est particulièrement difficile de rester sage une fois installé à son volant.
Elle fait partie de ces autos dans lesquelles on a l’impression d’avoir un petit démon qui vous tape sur l’épaule à chaque instant pour vous inviter à écraser la pédale de droite.

La McLaren 675LT Spider incarne à mes yeux l’une des plus belles expressions de la philosophie McLaren. Une voiture capable de procurer des sensations exceptionnelles tout en conservant une efficacité absolument phénoménale. Elle mérite totalement le titre de missile sol-sol, avec bien entendu les risques inerrants à la pérennité de votre permis.
Plusieurs jours après avoir rendu les clés de cette 675LT Spider, je continue encore à penser à ces instants phantasmagoriques passés à son volant, de quoi m’assurer qu’elle appartient déjà à la catégorie des légendes automobiles. Une véritable Timeless Machine dont on parlera encore dans plusieurs décennies.

Nos remerciements à son propriétaire pour la mise à disposition de sa magnifique et envoûtante McLaren 675LT Spider.























































