Première voiture de série européenne équipée d’un turbo, mais surtout modèle phare de la gamme 02, la BMW 2002 Turbo est un mythe roulant. Sa réputation implique une découverte prudente, mais difficile de ne pas succomber au sifflement du turbocompresseur. Timeless Addict vous emmène faire un tour dans une légende de l’automobile.
Après une période relativement difficile durant les années 50, BMW vit un renouveau dans les années 60. La marque bavaroise se porte mieux, les ventes de ses différents modèles « Neue Klasse » se déroulent relativement bien et cela principalement grâce à la Série 02.
Mais, en 1966, lors du lancement de la 1600-2, cette dénomination n’est pas encore officielle. Il faudra attendre 1968 pour cela, lorsque le modèle se voit équipé d’un quatre cylindres 2.0 (1’990 cm3), nom de code M10, et que la petite berline deux portes allemande soit baptisée 2002.
Différentes déclinaisons verront le jour, certaines avec des plus petits moteurs (1502, 1602, 1802), mais surtout quatre versions de la 2002, à savoir la normale (1 carburateur, 100ch), la Ti (2 carburateurs, 120ch), la Tii (injection Kugelfisher, 130ch) et par-dessus tout la Turbo (injection, turbo KKK, 170ch) ! C’est tout logiquement cette dernière qui marque l’histoire, tant son caractère est sulfureux.
Produite entre 1973 et 1975, à seulement 1’672 exemplaires, la 2002 Turbo se veut plutôt rare, sa carrière ayant été impactée par la crise pétrolière. En partie grâce à sa rareté, mais aussi à son tempérament, l’allemande est devenue une icône, ce qu’il lui confère une place toute spéciale sur Timeless Addict.
A cela vous ajoutez le fait que je possède personnellement une version « normale » de la 2002, il apparaît d’autant plus évident que j’ai un intérêt tout particulier à vous en parler aujourd’hui.
Présentée lors du Salon de Francfort en 1973, globalement la 2002 Turbo reprend les lignes du modèle de base, mais avec quelques petits attributs qui font toute la différence. Elle a été dessinée par le designer italien Giovanni Michelotti, toutefois on peut aussi mentionner Paul Bracq, Georg Bertram et Wilhelm Hofmeister… difficile d’attribuer un seul et unique nom à l’auto.
Uniquement disponible en blanc (Chamonix Weiss) ou en gris clair (Polaris Silber), elle affiche sur sa robe des lignes rouges et bleues. Ce sont les prémices des fameuses couleurs BMW Motorsport, bien avant la lignée des M3, mais qu’on avait déjà pu voir sur la fabuleuse 3.0 CSL.
A cela vient tout d’abord s’ajouter un bas de caisse avant très agressif, qui pouvait s’agrémenter de deux autocollants, « 2002 » et « Turbo », en affichage inversé. L’objectif étant de faire clairement apparaître dans le rétroviseur de la voiture qui vous précède le nom de la bête. Si l’auto a été présentée ainsi, les inscriptions ont à priori rapidement été proscrites par les hautes instances allemandes de l’époque qui trouvaient cela beaucoup trop provocateur. L’histoire raconte que le constructeur les livrait avec la voiture, mais dans le coffre… libre ensuite à son propriétaire de les coller ou non. Bien sûr que ce n’est pas très « politiquement correct », mais je trouve ces stickers diablement sexy et donc totalement indispensables. D’ailleurs l’exemplaire de notre essai en dispose et je suis sûr qu’en regardant les photos vous partagerez mon avis.
Ensuite, et c’est à mes yeux l’élément qui donne le plus de gueule à la 2002 Turbo, viennent les extensions d’ailes vissées sur la carrosserie. En la regardant de trois-quarts arrière, je ne me lasse pas de contempler ces protubérances tant elles renforcent l’image bestiale de cette voiture.
A l’arrière, c’est un béquet en plastique noir qui vient agrémenter le coffre. Presque « tuning » me direz-vous, mais tellement dans l’esprit des années 70 et de cette auto en particulier.
Au final, le côté fluet et gentil des différentes autres versions est totalement écarté sur la 2002 Turbo. Je suis sous le charme et je ne suis pas le seul, les avis sont assez unanimes lorsqu’on évoque la légendaire petite allemande.
A bord, l’ambiance se veut parfaitement germanique. Déjà à cette époque, la rigueur et la sobriété étaient de mise avec la couleur noire qui prime.
Pour la déclinaison Turbo, on retrouve quand même des sièges semi-baquet offrant un maintien plutôt correct et un volant sport trois branches en cuir.
Autres particularités, le tableau de bord s’habille de rouge pour l’occasion et, à sa droite, on bénéficie de deux compteurs supplémentaires, l’un faisant office d’horloge et l’autre affichant la pression de la suralimentation.
Malgré une taille plutôt contenue, 4m23 de long pour 1m62 de large, l’habitabilité est relativement correcte. Enfin bon, c’est le cas de toutes les Séries 02 et finalement pas vraiment important pour notre modèle Turbo.
En effet, ce qui prime avant tout pour cette bombinette germanique, c’est ce qu’elle a dans le ventre. On retrouve donc le moteur M10 mais agrémenté d’une injection et surtout greffé d’un turbo KKK.
Ainsi, la mécanique propose 170 ch à 5’800 t/min pour un couple de 240 Nm à 4’000 t/min. Remis en 1973, c’est plutôt intéressant avec un poids à vide de 1’035 kg. La vitesse maximum est de 210 km/h et le 0-100km/h est atteint en à peine 7 secondes, soit le même chrono qu’une Porsche 911 Carrera (210ch). Pour abreuver ce moulin, le réservoir passe de 46 litres (Série 02) à 70 litres pour l’itération Turbo, ça vous laisse imaginer qu’elle a soif notre allemande.
Si on lui attribue souvent le titre de première voiture de série disposant d’un turbo, il faut rendre à César ce qui est à César et en fait cet honneur revient à la Chevrolet Corvair Monza Spider de 1962. Par contre, comme je le disais au début de mon article, la 2002 Turbo est la première voiture européenne ayant un turbo. Juste après, c’est la sensationnelle Porsche 930 Turbo qui débarque. A l’instar de cette dernière, la 2002 Turbo s’est aussi vu attribuer le petit nom de « faiseuse de veuve », tant elle demande des bonnes notions de pilotage si on souhaite exploiter pleinement son potentiel.
On peut encore indiquer que cette voiture dispose de réglages châssis spécifiques, avec des nouvelles suspensions, de plus gros freins, un autobloquant 40% et, à choix, une boite Getrag 4 ou 5 rapports. La monte pneumatique est aussi plus généreuse avec des jantes en 5.5 pouces ou 6 pouces en option. Sur notre voiture d’essai, c’est même du 7 pouces avec des jantes ATS, ça parlera aux plus vieux comme moi.
Maintenant que j’ai fait le tour du propriétaire, il est temps de prendre le volant de cette légende. Bien habitué à ma « simple » 2002, je me sens rapidement à l’aise du fait que l’environnement est pour ainsi dire le même. J’ai toutefois une légère appréhension car j’ai toujours entendu dire qu’elle était diabolique, cette 2002 Turbo. Il faut aussi faire attention à la disposition de la boite de vitesses, la première étant en bas à gauche.
Dès les premiers kilomètres, je retrouve également un feeling connu, cependant, l’auto est bien plus virile à emmener. Je pense que ça vient en grande partie des pneus larges et je ressens tout de suite que l’amortissement est plus ferme.
En conduite normale, il n’y a finalement pas grande différence, le comportement routier est toujours aussi agréable. La mécanique ronronne et j’augmente gentiment le rythme. Jusque-là, franchement, la 2002 Turbo est gentillette tant son moteur sait se montrer souple.
Par contre, une fois que l’aiguille du compte-tours passe les 4’500 t/min, c’est l’explosion ! Bien sûr, on m’avait prévenu, j’ai donc bien fait attention d’être sur une belle ligne droite et d’avoir le champ libre devant moi. Mais quand même, ça fait l’effet d’une claque. Le turbo se met à siffler, le régime moteur monte en flèche jusqu’à 6’000 t/min et je suis catapulté en avant. La poussée est brutale et intense, une véritable machine à sensations qui provoque sur mon visage un rictus anormalement exagéré. Pourtant je ne me force pas, cette 2002 Turbo vous colle la banane dès que le turbo se met en charge, sans compter son sifflement strident qui vous charme tel le chant des sirènes.
Fort heureusement, la chaussée est parfaitement sèche et, n’étant pas un pilote, je me retiens d’accélérer vigoureusement en pleine courbe. Mais dès que le tracé redevient rectiligne, je ne peux m’empêcher d’écraser, avec une relative douceur quand même, la pédale des gaz et je monte les rapports. C’est enivrant et même en étant habitué aux sportives modernes, je ressens ici une émotion bien plus forte.
Le pire, c’est qu’on a vraiment l’impression que l’auto ne demande que ça. Certes, la 2002 Turbo a une réputation de voiture fragile, mais notre exemplaire d’essai est en parfait état et son entretien est méticuleux. Il est donc difficile de résister et j’avale les kilomètres à bonne allure en faisant vivre cette légende, quel régal.
Je m’attendais à une expérience saisissante, néanmoins c’était difficile d’imaginer que ça le serait à ce point. Je suis conquis ! Cette BMW 2002 Turbo mérite les louanges et les peurs qu’elle transporte avec elle depuis plus de 45 ans, tout comme son statut de mythe automobile.
Reste que depuis ces dix dernières années, la cote est montée en flèche et les beaux exemplaires se font rares, il va donc falloir être persévérant pour trouver la bonne. Cependant, si vous pouvez vous le permettre, je pense que tout amateur qui se respecte devrait avoir une 2002 Turbo au sein de sa collection.
Nos remerciements à Sioux Automobiles à Genève pour la mise à disposition de cette magnifique BMW 2002 Turbo.