Texte : Sebastien MorandPhotos : Thomas Chatton / Vidéo : QG.Media

Malgré sa relative jeunesse, le modèle V12 Vantage de la « Baby Aston » est déjà une auto parfaitement intemporelle et assurément un futur collector dans cette première déclinaison lancée en 2009. Une mécanique fantasmagorique, une boîte manuelle et l’un des designs les plus réussis de ces vingt dernières années, tous les éléments sont réunis pour une expérience fort agréable, comme souvent avec une Aston Martin, en tout cas à mes yeux.

La « petite Aston » a vu le jour en 2005, tout d’abord avec un V8, puis avec un V12 comme sur le modèle qui nous intéresse aujourd’hui. Son dessin a vingt ans et n’a pas pris une ride. Dessinée par le talentueux designer Henrik Fisker, aussi à l’origine de la BMW Z8, cette V8/V12 Vantage est une véritable réussite.

La ligne de cette V12 Vantage est en tout point magnifique. Aucune faute de goût, une élégance sans égale avec juste ce qu’il faut de bestialité pour la différencier de la V8. Elle pourrait être présentée aujourd’hui que ça ne choquerait personne. D’ailleurs, pendant cet essai, plusieurs curieux ont été très surpris d’apprendre que ce n’était pas la dernière-née de chez Aston Martin.

Je suis totalement sous le charme et ces quelques heures à son volant n’ont fait qu’accentuer ce sentiment. Quel que soit la déclinaison, la Vantage est sublime. C’est d’autant plus intense avec notre auto de test, une magnifique V12 Vantage de 2010 et sa robe « Hammerhead Silver » fraichement sortie de carrosserie, qui affiche à peine plus de 20’000 km au compteur, un bijou disponible à la vente chez Aston Martin Geneva.

Revenons brièvement à l’histoire du modèle. Comme indiqué au préalable, c’est en 2005 que nous découvrions cette nouvelle Aston Martin, voulue comme l’entrée de gamme du constructeur britannique. Le charme opérait immédiatement ; déjà à l’époque, j’étais totalement conquis par cette V8 Vantage alors que les avis étaient unanimes.

Au début de sa carrière, elle était donc équipée d’un V8 4.3, puis d’un 4.7 et c’est finalement en 2009 que la gamme s’agrémente d’une version animée par un V12, déjà présentée en 2007 sous la forme du concept car V12 Vantage RS. Alors que la V8 existait en boîte mécanique et Sportshift (séquentielle robotisée à simple embrayage), la V12 débarque uniquement en boîte manuelle. Elle reprenait l’ensemble moteur-boîte de la DBS (année modèle 2007), à savoir un majestueux V12 6.0 avec boite manuelle à 6 rapports.

Plus tard, en 2013, elle sera aussi proposée avec une transmission Sportshift sous le patronyme V12 Vantage S mais j’avoue n’avoir jamais été convaincu par cette transmission que je trouve trop lente. Finalement, en toute fin de vie, une rare et très désirable mouture offrira le cocktail explosif du V12 avec une boite manuelle à 7 rapports (Dog Leg) ; c’est clairement l’Aston Martin ultime à mon goût.

Celle qui nous intéresse aujourd’hui est donc la première « Baby Aston », surnom donné au moment du lancement de la Vantage, motorisée par un V12 et produite entre 2009 et 2012 à seulement 1’200 exemplaires (initialement, ça devait être deux séries de 500). Il y a également eu 101 exemplaires en Roadster mais je trouve que la version découvrable perd de sa beauté comparée au Coupé.

Quelques éléments permettent de reconnaître la V12 immédiatement. Tout d’abord, les quatre ouïes en carbone sur le capot moteur. Avec la teinte relativement foncée de notre voiture d’essai, elles sont parfaitement intégrées mais j’avoue qu’avec certains coloris plus clairs, cela peut perturber. Cependant, elles sont primordiales au bon fonctionnement du V12 et dès que vous aurez entendu sa sonorité, vous pardonnerez ce détail esthétique. La V12 Vantage dispose également d’une lame avant spécifique, elle aussi en carbone comme le diffuseur arrière. Sa suspension a été abaissée de 14mm par rapport à la V8, encore un élément qui accentue le caractère esthétique de la V12 Vantage.

Les mots me manquent pour approfondir la description de ce design, les images le feront finalement mieux que moi. Pour ma part. je continue à m’émerveiller en silence en flânant autour de cette reine de beauté.

L’habitacle dégage également une ambiance toute particulière. Au risque de passer pour un « vieux con » mais j’assume, cet intérieur représente l’esprit Aston Martin qui s’est un peu perdu dans les derniers modèles, depuis l’alliance avec Mercedes. Un savant mélange de tradition, d’élégance et de sportivité, avec une présentation de bonne qualité mais comportant quelques particularités (on ne peut pas appeler cela des défauts) typiquement « British » qui perturberont les habitués des sportives allemandes, je pense notamment à la Porsche 911.

J’aime tout particulièrement la disposition des compteurs dont les révolutions se font de manière antagoniste. Que dire de la clé de contact, appelée « Emotion Control Unit », en finition cristal avec le logo de la marque incrusté, qui s’insère dans la planche de bord pour mettre en marche la belle. J’adore ! Attention à ne pas la laisser tomber, c’est fragile et ça coute quelques billets pour la remplacer. Environ CHF 2’000.-, le prix de l’exclusivité ne se discute pas !

Dans notre V12 Vantage, on retrouve des sièges baquet lightweight à coque carbone qui étaient proposés en option. Ils offrent suffisamment de confort à mon goût même si les coussins sont assez fins, ce qui les rendent un peu durs. Leur partie centrale est recouverte d’Alcantara tout comme le volant à jante épaisse. Je me sens vraiment bien à bord de cette auto.

Avant de prendre la route, quelques mots encore sur la mécanique de cette V12 Vantage. Il s’agit donc du majestueux V12 6.0 (5’935 cm3) placé en position central avant. Il développe 517 ch à 6’500 t/min et un couple de 570 Nm dès 5’750 t/min transmis aux roues arrière uniquement au travers d’une boite manuelle à 6 rapports. La vitesse de pointe est annoncée à 305 km/h et le 0-100km/h en 4,2 secondes.

Plus lourd d’environ 100 kg que le V8, les ingénieurs de Gaydon ont donc travaillé sur d’autres éléments pour obtenir un poids total de 1’680 kg, soit seulement une cinquantaine de kilos de plus qu’une V8. Les freins en carbone-céramique, les jantes en aluminium forgé, un arbre de transmission en carbone ainsi que d’autres détails ont permis de réaliser cette prouesse. Selon le constructeur, en conservant une répartition des masses identiques de 51:49, le comportement de l’auto est aussi bon que celui de la V8. Après avoir essayé différents modèles, j’avoue avoir un avis différent, et je ne suis pas le seul, mais j’y reviens plus bas.

Parfaitement bien installé aux commandes de cette V12 Vantage, je savoure les premiers instants en baladant mes mains sur le volant en Alcantara. J’adore le touché de cette matière et je m’imprègne de l’ambiance de la voiture avec beaucoup de plaisir. Une pression sur la clé pour l’insérer dans son emplacement situé au centre du tableau de bord et le V12 s’ébroue avec volupté.

Immédiatement conquis, je suis impatient de prendre la route. Petit élément qui me perturbe un peu, le levier de vitesse est très en arrière, avec de surcroît une course assez longue, ce qui rend son maniement peu agréable. Pour une fois, une personne plus grande, genre 1m90, serait plus à l’aise car elle aurait son siège plus reculé. Finalement, au fil des kilomètres, je me fais à cet agencement, mais voilà un premier détail qui donne l’avantage à sa petite sœur la V8 Vantage dont le levier est plus en avant. Cette particularité est donc spécifique à l’ensemble moteur/boite V12. Enfin, quand on aime les voitures anglaises, on ne fait plus cas de ces petites spécificités, c’est même ce qui les rend si désirables je trouve.

Le couple et la rondeur du V12 procurent une douceur dans les déplacements. La voiture invite plutôt à une conduite en souplesse, avec en fond la mélodie de cette noble mécanique. C’est tout simplement exquis. Tout en restant en troisième ou en quatrième rapport, les kilomètres s’avalent à bon tempo, avec des relances franches et dynamiques.

Malgré la suspension relativement ferme et les assises plutôt dures, cette V12 Vantage est une GT dans toute sa splendeur. Les commandes sont toutefois assez viriles, ce qui rend la conduite très plaisante à mes yeux tout en restant facile.

Pour profiter encore un peu plus de la symphonie du V12, j’active le mode « Sport » et le moteur s’affirme plus clairement. La réactivité s’accentue et les tours s’envolent bien plus rapidement à la moindre sollicitation de l’accélérateur. Pas vraiment recommandé lors de manœuvre ou en ville car la voiture est plus vive et ça peut se ressentir sur l’embrayage. A l’inverse, dès que le tracé des belles routes de notre région s’offre à vous, je recommande fortement de ne pas s’en priver tant l’expérience est plus enivrante.

Une fois que les virages sinueux approchent, je constate que ce n’est pas une sportive pure et dure mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Le train arrière sautille légèrement et c’est là que je préfère clairement le comportement de sa petite sœur équipée du V8. Même si les chiffres ne montrent que peu de différence, je trouve que le feeling de conduite est beaucoup plus homogène avec la plus raisonnable V8. Cette dernière ayant moins de poids sur le train avant, elle offre une meilleure agilité, rendant la conduite plus dynamique.

Néanmoins, comme la voiture n’invite pas vraiment à appliquer un rythme très brutal et soutenu, ça ne péjore pas trop l’expérience au volant de cette V12. Sans compter qu’en apprenant à la connaître, je vous garantis qu’il y a largement moyen de rouler suffisamment fort pour se retrouver à pied un certain temps. Et si vous vous aventurez sur ce terrain, il faudra vous attendre à un tempérament plutôt sauvage qui ne se dompte pas facilement. Elle a petit quelque chose de « Muscle Car » cette V12 Vantage.

Véritable chef d’œuvre du design automobile, cette première mouture de la V12 Vantage se profile sans hésitation comme un objet de collection. Au risque de me répéter, avec ses lignes sculpturales et désirables, une mécanique légendaire et une transmission manuelle, vous avez là tous les ingrédients d’un collector.

Sans oublier que cette V12 Vantage offre de très belles sensations sans les contraintes qu’on peut avoir dans une voiture véritablement ancienne. Bien évidemment, la production réduite de ce modèle spécifique se retrouve dans sa cote mais vous pouvez toujours optez pour une V8 Vantage qui est tout aussi intemporelle, juste un peu moins exclusive.

Nos remerciements à Aston Martin Geneva (Pegasus Automotive Group) à Nyon pour la mise à disposition de cette très belle Aston Martin V12 Vantage, ainsi qu’à la boutique L’Art d’un Rien à Mont-sur-Rolle pour sa collaboration dans le cadre de notre séance photos.