Il existe des lieux qui dépassent la simple notion de musée. Des endroits où l’on ne vient pas seulement contempler des voitures mais plutôt ressentir une histoire, une culture, un moyen de vivre une expérience intemporelle. Le Museo Alfa Romeo à Arese, en Italie, fait incontestablement partie de cette catégorie et c’est l’occasion pour Timeless Addict de vous plonger dans l’univers magnifique de la marque italienne.

A quelques kilomètres de Milan, sur les terres mêmes où furent assemblées certaines des Alfa Romeo les plus mythiques de l’histoire, le musée célèbre cette année son 50ème anniversaire. Un cap symbolique pour un lieu inauguré en 1976 mais qui n’était connu que des véritables passionnés de la marque jusqu’à il y a environ 10 ans. Jusque-là, le musée ouvrait ses portes sur rendez-vous et principalement pour des clubs dédiés au constructeur italien.
Mais depuis une dizaine d’année, le lieu est ouvert au public et les infrastructures ont été adaptées pour accueillir un plus grand nombre de visiteurs. Je suis également surpris de constater qu’il est possible de visiter le musée avec son chien, un fait plutôt rare qui mérite qu’on le mentionne. En discutant avec le Directeur du Musée, il me dit que pour lui, c’est normal et que ça offre la possibilité à plus de monde de venir profiter du lieu, sans devoir laisser son compagnon à quatre pattes dans la voiture alors qu’il peut faire très chaud dans la région. Par ailleurs, il me confirme qu’ils n’ont jamais eu de souci avec un chien dans le musée, sans affirmer la même chose avec nous autre les humains…
En plus du demi-siècle du musée, cette année marque un second anniversaire : les 60 ans de la légendaire Alfa Romeo Spider, aussi connue sous le nom « Duetto ». Cette dénomination avait été choisie après une mise au concours pour trouver un nom au futur cabriolet de la marque ; il n’a toutefois jamais pu être officiellement utilisé pour des questions de droits, un fabricant de biscuits italiens ayant déjà déposé le nom. L’Alfa Romeo Spider « Duetto » est probablement l’un des modèles les plus emblématiques de la marque, présenté au Salon de Genève en 1966.
Dès l’arrivée sur le site du musée, le ton est donné. L’architecture contemporaine du bâtiment contraste avec le poids historique du lieu qui avait été prévu pour héberger le siège administratif de la marque dans les années 70.
D’ailleurs, à ses débuts, le musée était relativement petit, avec seulement quelques voitures exposées ; aujourd’hui, c’est un véritable temple à l’honneur du constructeur italien, avec plus de 60 véhicules mis en beauté, sans compter la multitude d’autres autos qui se cachent dans les réserves en compagnie d’objets, de maquettes, de trophées, etc., tous en relation avec la marque. Ici, tout semble pensé pour raconter une émotion plutôt qu’une simple chronologie.

Le parcours se déploie autour de trois thématiques : Timeline, Bellezza et Velocità. Trois mots qui résument assez bien l’ADN Alfa Romeo. On commence par découvrir la création d’A.L.F.A en 1910, puis l’arrivée de Nicola Romeo, né en 1876, soit il y a 150 ans, jusqu’aux modèles contemporains comme la dernière 33 Stradale.
C’est aussi l’occasion de voir l’évolution du logo de la marque constitué de deux symboles milanais, la croix de la municipalité et le serpent des Visconti : au début, il n’y avait que le seul le mot « ALFA », puis « Alfa Romeo » avec les nœuds de la Maison de Savoie, puis entouré dès 1925 d’une couronne de lauriers dorés pour fêter le premier titre au Championnat du Monde.
Durant la guerre, le moule servant à produire les écussons ayant été détruit, la présentation se simplifie et devient rouge monochrome. En 1950, les couleurs d’antan reviennent alors que les deux nœuds de la Maison de Savoie disparaissent après la proclamation de la République Italienne. En 1972, le mot « Milano » est retiré car le constructeur vient d’ouvrir une usine au sud de l’Italie afin de promouvoir une partie du pays moins industrielle que le nord. C’est notamment dans cette usine de Pomigliano d’Arco que sera produite l’Aflasud qui en tire son nom.
Les premières Alfa, comme la 24 HP, témoignent d’une époque où l’autonomie du conducteur était une question de survie. On y découvre de petits réservoirs latéraux sur les marchepieds, non pas pour le moteur, mais pour alimenter les phares fonctionnant comme des lampes à huile. A côté, une imposante boîte à outils rappelle une réalité de l’époque : l’absence de garage qui obligeait chaque propriétaire à être son propre mécanicien lors des longs trajets.
Au sujet de la 24 HP dont le nom fait référence à la puissance de la voiture, à l’instar de la Rolls-Royce 20 HP essayée en 2022 par Timeless Addict, nous apprenons qu’elle développait en fait 42 chevaux. Alfa Romeo avait inversé les deux chiffres et annoncé 24 chevaux afin que le modèle soit moins taxé. Amusant de découvrir les astuces utilisées par les ingénieurs italiens de l’époque.
Clou du spectacle dans cette première partie, la 8C 2300 Corto « Mille Miglia ». A mes yeux, c’est le modèle le plus désirable de la marque et j’espère que nous aurons un jour la chance de l’essayer.


La partie « Bellezza » célèbre le design italien, son élégance et la capacité unique qu’ont toujours eue les Alfa Romeo à transformer une voiture en sculpture. On peut notamment admirer un certain nombre de prototypes aux lignes très envoutantes telle la mythique Disco Volante ou les œuvres de designers de renom comme la Carabo de Bertone, l’Iguana de Giugiaro avec Italdesign ou la 33/2 Coupé Speciale de Pininfarina.
Pour revenir à la Disco Volante, de son nom complet « 1900 C52 Disco Volante », il s’agit d’une auto qui est restée au stade de concept, dessinée par les talentueux designers de la mythique Carrozzeria Touring. Seuls 5 exemplaires – Spider et Coupé – ont vu le jour entre 1952 et 1953. Destinée à la compétition, les ingénieurs ont rapidement réalisé qu’avoir partiellement recouvert les roues par la carrosserie ne permettait pas aux pilotes d’en changer en cas de crevaison.
C’est aussi le moment de rappeler qu’au début du siècle dernier, les constructeurs automobiles fabriquaient avant tout un châssis et un moteur ; c’est le client qui se rendait chez un carrossier pour « habiller » son auto et la rendre unique. Ainsi, on peut admirer plusieurs itérations de la 6C dont mon coup de cœur, le modèle 6C 2500 Super Sport « Villa d’Este » de 1950.


Enfin, l’espace « Velocità » rappelle que le sport automobile fait partie intégrante du patrimoine de la marque. Avant même de succomber aux légendaires autos telles que la 33 Stradale, la Giulia TZ2, les GTA et GTAm, on fait connaissance avec Ugo Sivocci, l’homme à l’origine du Quadrifoglio.
Le pilote, éternel second, décida à l’occasion de la Targa Florio de 1923 d’orner sa voiture d’un trèfle à quatre feuilles, signe porte-bonheur. Sans surprise, il finît une nouvelle fois deuxième. Néanmoins, après la course, le premier fut disqualifié et c’est donc Ugo Sivocci qui fut déclaré vainqueur. L’histoire raconte également que lors d’une autre compétition, un pilote dont l’Alfa Romeo ne disposait pas du Quadrifoglio eu un accident mortel ; il n’en fallait pas plus pour que le symbole du trèfle se retrouve sur toutes les voitures de course de la marque.
Autre personnage important pour Alfa Romeo – et particulièrement connu de tout passionné d’automobile – Enzo Ferrari. Avant de devenir le constructeur éponyme que l’on connaît, celui qui n’était pas encore le Commendatore a longtemps orchestré le département compétition d’Alfa Romeo. Cette alliance historique explique la présence du célèbre Cavallino Rampante sur certaines Alfa de course de l’époque. Enzo Ferrari pilotait et développait alors les voitures pour le compte d’Alfa Romeo, tissant un lien indélébile entre les deux marques avant de voir leurs destinées diverger.


Le Museo Alfa Romeo possède la faculté rare de réunir sous un même toit des modèles que l’on croyait presque inaccessibles. Comme dis précédemment, impossible de rester insensible devant la sublime 33 Stradale. Ce modèle, souvent considéré comme l’une des plus belles automobiles jamais dessinées, continue de fasciner près de soixante ans après sa naissance ; c’est d’ailleurs dans l’esprit de cette dernière que la nouvelle 33 Stradale a été conçue l’année dernière.
Difficile également de ne pas citer la SZ dont nous vous avons proposé un essai complet il y a quelques années. Souvent surnommée « Il Mostro », le Monstre, la SZ reste l’une des Alfa les plus radicales jamais produites. Elle a bien évidemment sa place ici, juste à côté de la déclinaison Roadster, la RZ. Leur design signé Zagato divise encore aujourd’hui mais pour avoir eu la chance de prendre le volant de cette auto qui m’a fait rêver dans ma jeunesse, elle a pour moi une saveur toute particulière.
Cependant, le musée ne se limite pas aux concept-cars, aux modèles de prestige ou aux voitures de course ; il rend aussi hommage aux Alfa Romeo populaires, celles qui ont construit la passion des Alfisti au quotidien. Les différentes générations de Giulia – dont le développement de la première du nom a mis un terme à bon nombre d’autres projets – mais aussi les coupés Bertone, les Alfetta, les 75 ou les 156 rappellent que le constructeur italien a toujours entretenu un lien particulier entre sportivité et usage quotidien.
Et il y a évidemment la Spider. Difficile d’imaginer Alfa Romeo sans ce modèle phare pour la marque.
Présentée en 1966, la 1600 Spider « Duetto » est rapidement devenue bien plus qu’un simple cabriolet. Avec sa silhouette signée Pininfarina, son fameux arrière en « os de seiche » et son apparition dans le film « Le Lauréat » avec Dustin Hoffman, elle incarne aujourd’hui encore une certaine idée de l’Italie : élégante, légère et profondément désirable.
Elle a également connu un lancement spectaculaire en étant présentée sur un bateau, entre Gênes et Cannes, puis à New York, en permettant aux journalistes d’en prendre le volant à bord et de recevoir ensuite un certificat attestant d’avoir conduit « sur l’océan ». Une opération marketing aussi farfelue qu’efficace, les idées ne manquant pas à cette époque pour réussir son entrée sur le marché américain.
Face aux différentes générations alignées dans le musée, on réalise à quel point la Spider traverse les décennies sans jamais perdre son charme.

En parcourant les deux étages des réserves accessibles au public pour ceux qui ont prévu la visite avec un guide, ce que je vous recommande fortement tant vous apprendrez une multitude d’informations sur Alfa Romeo, nous découvrons encore des engins uniques.
Un Sport Prototype Groupe C qui devait voir le jour avec un V12 Ferrari qui n’a jamais pu y être installé, ni d’ailleurs un quelconque autre moteur. Une auto à l’apparence d’une 164 mais dont seule la robe provenait de ce modèle puisque s’y cache un châssis et un moteur de Formule 1, qui devait participer à un championnat en marge des Grands Prix de F1, projet qui n’a finalement jamais vu le jour. Ou alors, dans le cadre du développement de la première Giulia, des véhicules qui arborent des carrosseries banales, avec mêmes sur certaines le badge d’un autre constructeur comme Rover, pour passer inaperçu dans la rue lors des tests de roulage avant lancement.
Et que dire de l’AR51/1900 M, plus connue sous le sobriquet « Matta », qui veut dire « Folle » en italien et qui faisait référence à son comportement routier. Un petit 4×4, dans l’esprit d’une Jeep Wyllis ou d’un Land Rover Series, que la marque a créé pour répondre à un appel d’offre de l’armée dans les années 50, finalement remporté par Fiat.
Ces anecdotes, loin de ternir l’image de la marque, révèlent au contraire une culture de l’essai, de la prise de risque et de la créativité qui fait toute la richesse de la marque.

Je pourrais encore vous énumérer une multitude d’histoires sur Alfa Romeo ou d’autres modèles que le constructeur italien a créé depuis le début du 20ème siècle tant son histoire est riche, faisant de la marque un acteur incontournable du monde de l’automobile. Mais ce qui me vient avant tout à l’esprit, c’est à quel point Alfa Romeo sait depuis toujours proposer des voitures qui procurent des émotions intemporelles. Et c’est précisément ce qui rend la visite de ce musée aussi captivante, en découvrant que derrière chaque modèle se cache une part d’audace, parfois même de folie.
Que vous soyez ou non un ou une inconditionnel.le de la marque italienne ou passionné.e d’automobile en général, voire simplement curieux d’en apprendre plus sur un constructeur à l’histoire exceptionnelle, je vous assure que vous ne regretterez pas votre visite au Museo Alfa Romeo.
Merci à Astara Central Europe – Switzerland (Alfa Romeo Suisse) pour l’invitation à cette visite, ainsi qu’à toute l’équipe du Museo Alfa Romeo, et plus particulièrement son Directeur, M. Lorenzo Ardizio, pour leur accueil et leur temps.











































































































