Conduire une Aston Martin c’est toujours un rêve, donc difficile de refuser lorsqu’on vous propose un tel essai, d’autant plus lorsqu’il s’agit de la mythique Vanquish, première du nom. Fer de lance de la marque lors de son lancement en 2001, le modèle est légendaire et aujourd’hui encore il dégage une aura particulière.
Fin des années 90, Aston Martin est sous le contrôle de Ford avec l’arrêt de la production de la V8 Virage/Vantage, les ventes se concentrent sur la DB7. En 1999, une déclinaison Vantage voit le jour avec, en lieu et place du 6 cylindres, un V12 5.9, le premier du genre pour la marque. Une année auparavant, lors du New York International Auto Show, le constructeur britannique dévoilait un concept car plutôt attirant, la Project Vantage.
C’est la combinaison des deux, à savoir la robe de la Project Vantage et la motorisation de la DB7 V12 Vantage qui donnent naissance à la Vanquish. La présentation officielle a lieu au Salon de l’Automobile de Genève, en mars 2001. Dès lors et jusqu’en 2005, avec l’arrivée de la nouvelle V8 Vantage, toutes les Aston Martin disposeront d’une motorisation 12 cylindres en V.
Mais la Vanquish ce n’est pas seulement un moteur, c’est aussi un châssis qui combine aluminium et fibre de carbone. Le modèle est véritablement révolutionnaire pour Aston Martin et il entend bien marquer d’une pierre blanche son arrivée sur le marché. A noter que ça sera la dernière voiture assemblée, à la main, dans l’usine historique de Newport Pagnell. Au total, 2’578 exemplaires seront produits, dont 1’492 pour la première série qui nous intéresse aujourd’hui.
Petite parenthèse, non négligeable, cette Vanquish, c’est également la voiture de James Bond dans « Die Another Day » (Meurs un autre jour) en 2002. Dans ce film, l’agent 007, au volant de sa Vanquish truffée de gadgets, se fait poursuivre par le méchant de l’histoire, Zao pour les intimes, en Jaguar XKR, sur une île recouverte de glace. Pathétique pour certains, fabuleux pour d’autres, les aventures de l’agent secret britannique restent incontournables et les voitures, souvent des Aston Martin, font bien évidemment partie des éléments clés de presque tous les épisodes. Personnellement j’adore.
Revenons à notre Vanquish pour détailler un peu sa mécanique. Sur cette première génération (2001-2004), le V12 5.9, repris de la DB7 V12 Vantage, développe 466 ch pour un couple de 542 Nm. Le 0-100 km/h est abattu en 5 secondes et la vitesse maximum est de 306 km/h. Des chiffres plutôt impressionnants pour l’époque.
La transmission est une boîte mécanique séquentielle avec un seul embrayage et dispose de 6 rapports. Les passages de vitesses se font via des palettes au volant, alors que sur la console centrale on retrouve uniquement le bouton pour la marche arrière. Pour le « Neutre », il faut simplement tirer les deux palettes vers soi.
La deuxième série (2004-2007), appelée Vanquish S, voit cette même mécanique développer 528 ch pour un couple de 577 Nm. En toute fin de carrière, la marque propose la Vanquish S Ultimate, seulement 50 exemplaires. Si son V12 atmosphérique conserve la même puissance, ce dernier est maintenant couplé à une boîte de vitesses automatique Touchtronic à 8 rapports.
En termes de lignes, la Vanquish est très proche d’une DB7, elle est aussi l’œuvre de Ian Callum. Toutefois, avec une calandre plus imposante, des ailes bodybuildées et des bas de caisse cintrés, son look est clairement plus méchant. On est surtout très loin des V8 Virage/Vantage, le changement est flagrant. Cette Vanquish est une véritable « Bad Girl » au sein d’une marque dont l’image reste relativement conservatrice.
Toutefois, si l’on regarde l’une de ces ancêtres, la V8 Vantage Le Mans, ou aujourd’hui, la DBS Superleggera, on constate que le constructeur a finalement toujours su amener une touche de piquant à sa gamme. Bien sûr, Aston Martin se veut une marque élégante et raffinée, avec suffisamment de sportivité, mais il y a quand même un brin de bestialité qui ressort de temps en temps.
Pour ma part, j’adore le style de cette Vanquish et, malgré ses presque 20 ans, je trouve qu’elle dégage toujours une identité à part entière avec un design ultra affirmé. Néanmoins, avec sa robe grise, elle sait passer relativement inaperçue dans la circulation d’aujourd’hui. Parfaite pour une voiture d’agent secret finalement.
Lors de mon essai, je note quand même quelques regards insistants, suivi d’un léger sourire. Reste à savoir si c’était pour son badge ou pour son lien avec James Bond.
Suivant comment on la regarde, on peut même lui trouver quelques liens de parenté avec les mythiques DB4/DB5/DB6, je suis sous le charme.
A bord, c’est un peu moins glorieux et c’est clairement un des points qui a toujours été reproché à cette Vanquish. L’utilisation importante de plastiques bon marché et des pièces sorties de la banque d’organes Ford rendent l’habitacle peu sexy.
A l’inverse, quelques pièces en aluminium massif ou un ciel de toit en alcantara, ainsi que le cuir noir et la moquette, dans les deux cas avec des surpiqûres rouge, sont plutôt de bonne facture.
Je note également un manuel d’utilisation sous la forme de classeur en aluminium et des outils avec un calepin dans la boite à gant, ça démontre parfaitement le sens du détail d’une auto de ce rang.
Il faut savoir qu’il était possible de configurer la Vanquish en 2+2, mais ce n’est pas le cas de notre voiture. Du coup, à l’arrière des sièges, un petit coffre permet de « cacher » quelques affaires et on peut déposer dessus les vestes et le sac de Madame, c’est idéal.
Au moment de prendre la route, je suis rapidement bluffé par l’agrément de conduite de la voiture. C’est doux et confortable, une GT dans toute sa splendeur. Mais le summum, c’est la sonorité envoûtante du V12 qui ronronne à bas régime et qui feule à merveille lorsqu’on monte dans les tours. Totalement conquis, je joue des rapports pour profiter au maximum des vocalises.
C’est là que le bât blesse, cette boite est catastrophique et c’est encore une chose qui a terni l’image de la Vanquish au fil des ans. Que ça soit en manuel ou en automatique, les changements sont lents, ça devient presque risible. Bon, après une journée au volant, je remarque qu’en soulageant un minimum la pédale des gaz lorsque j’actionne la palette, l’effet s’amenuise, mais pas de quoi s’emballer non plus.
A l’inverse, le comportement routier est exemplaire. Sur les enchaînements rapides, la Vanquish se place à merveille et ne demande qu’à accentuer le rythme. Sur les virages plus sinueux, le poids du V12 à l’avant se fait ressentir. C’est avant tout une GT et pas une super sportive, du coup c’est relativement logique. Le système de freinage bénéficie d’étriers Brembo et il répond plutôt bien aux attentes de cette puissante GT.
Franchement, je suis globalement très impressionné par les aptitudes routières de cette Vanquish et le temps passé à son volant est un régal.
Icône d’une marque emblématique, la Vanquish est un modèle totalement intemporel pour Aston Martin. On peut même s’accommoder de cette présentation intérieure peu glorieuse et, du coup, il n’y a bien que la boîte qui pourrait vous retenir. Mais sachez qu’il y a des solutions et c’est justement là tout l’intérêt de ce premier article.
En effet, actuellement en vente chez Klausen Cars, cette Aston Martin Vanquish a récemment pris le chemin des ateliers d’Aston Martin Works. Là-bas, les ingénieurs de renom remplacent sa transmission séquentielle pour lui greffer une véritable boite manuelle. Une transformation approuvée par le constructeur. Que demander de mieux ?
Nous vous donnons rendez-vous dans quelques mois pour un second reportage qui nous permettra de découvrir dans quelle mesure cette Vanquish va devenir encore plus désirable.
Nos remerciements à Klausen Cars à Gland pour le prêt de cette Aston Martin Vanquish de 2003.